Lassureur cherche à rassembler les risques les
plus nombreux, les plus variés, les mieux répartis, afin de réaliser une compensation
dautant plus sûre et plus économique. Cet impératif technique essentiel le
conduit à susciter la demande dassurance par une politique commerciale appropriée.
Par cette action dinformation
sur lexistence des risques et sur la nécessité de se prémunir contre eux,
lassurance fait uvre utile pour la collectivité. À ce propos, on peut
souligner que la plupart des assurances rendues obligatoires par le législateur ont
été, auparavant, très largement répandues par un effort de prospection, qui fait
partie de lintérêt bien compris de lassureur et qui vise à présenter au
public et aux entreprises toutes les garanties dont ils peuvent avoir besoin.
Assurances sociales et
assurance privée
Dans tous les pays européens, les
gouvernements ont été amenés, à des dates diverses, mais le plus souvent depuis le
début de ce siècle, à instituer des régimes publics de prévoyance, en général pour
des risques touchant à la personne humaine (accidents du travail, maladie, invalidité,
etc.). Il sagissait de substituer à lassurance de type classique, ouverte aux
seuls volontaires et vendue à son prix réel, un système généralisé
dindemnisation, au financement duquel devaient participer non seulement les
bénéficiaires eux-mêmes, mais dautres catégories sociales telles que leurs
employeurs ou les contribuables, par le canal du budget de lÉtat.
Bien quils soient
habituellement désignés sous le nom dassurances sociales, ces régimes se
distinguent en réalité de lassurance proprement dite par deux caractères :
-
Dans les assurances sociales, il ny a
généralement pas de lien direct entre la cotisation demandée à lassujetti et
limportance de son risque, tandis que le système de lassurance privée repose
sur une participation financière des assurés en proportion exacte de leur risque propre.
Cela revient à opérer un transfert de revenus, qui peut atteindre une certaine ampleur
et sinsérer dans une politique délibérée de justice sociale.
-
En outre, comme le volume global des prestations est
en principe indépendant de celui des cotisations, cest alors lÉtat le
plus souvent sur son budget qui est appelé, soit dès la création du régime et
par principe, soit en cours de fonctionnement et pour des raisons de conjoncture, à
combler la différence qui peut se faire jour entre dépenses et recettes.
Ces particularités excluent les
assurances dites sociales du champ de lassurance proprement dite (cf. SÉCURITÉ
SOCIALE).
2. Histoire de lassurance
De lentraide à
lassurance
Expression de la solidarité qui unit
les groupes humains face à ladversité, la mutualité, sous la forme de
lentraide, est sans doute aussi ancienne que la société. Dès la plus haute
antiquité apparaissent de véritables institutions de secours mutuels entre personnes
exposées à des risques comparables.
Ainsi, les tailleurs de pierre de la
Basse-Égypte (vers 1400 av. J.-C.) contribuaient à un fonds destiné à leur venir en
aide en cas daccident, et les hétairies de la Grèce antique possédaient des
caisses communes alimentées par des cotisations mensuelles, afin de pouvoir distribuer
des secours dans certains cas.
Au Moyen Âge, le développement de
lesprit dassociation et linfluence de lÉglise donneront une
immense extension à ces premières formes de mutualité. Et la plupart des communautés
dartisans ou de marchands (corporations, confréries, guildes ou hanses) se
constituèrent des caisses de secours au bénéfice de leurs membres.
Les guildes anglo-saxonnes, pour ne
citer quun seul exemple, disposaient ainsi dun fonds dassistance et
allouaient des secours à loccasion de sinistres aussi graves et variés que
lincendie, le vol, linondation ou la mortalité du bétail.
Mais si cette longue expérience des
caisses de secours a donné aux hommes tout à la fois le goût et lidée de
lassurance en les initiant à la comparaison puis à la mise en commun des risques,
inspirée par lesprit de charité, elle se distingue encore mal de
lassistance : le plus souvent, ces
" mutuelles " nexigent aucun effort de prévoyance
et ne font appel à la générosité de leurs membres quaprès chaque sinistre,
quand le risque est devenu enfin visible.
En outre, nécessairement limitée à
des groupes restreints unis par de puissants liens de solidarité locaux ou
professionnels, cette mutualité ne répartit le risque quentre un petit nombre de
patrimoines et ne permet pas de réunir des fonds considérables. De ce fait, elle est
loin de supprimer tout aléa pour l " assuré " .
Seul, le transfert du risque sur une
autre personne pouvait donner à cet assuré la garantie immédiate dune
indemnisation en cas de sinistre.
Le contrat dassurance
Un tel transfert est rendu possible
dès la Rome ancienne et le haut Moyen Âge, grâce au progrès des techniques juridiques,
avec le " contrat demprunt " ou de
" change maritime " , emprunt gagé sur une certaine
quantité de marchandises destinées à être expédiées au loin, et stipulant que, si
les marchandises narrivaient pas à bon port, le prêteur perdait tout droit au
remboursement de la somme prêtée.
Ce contrat, qui répondait aux
besoins de la navigation à une époque où tout voyage en mer sapparentait à une
aventure, est probablement né sur les bords de la Méditerranée. Il fut perfectionné
par les juristes romains et rendit dimmenses services au commerce maritime pendant
toute lAntiquité et jusquau Moyen Âge, où il fut largement utilisé sous le
nom de " prêt à la grosse aventure " .
Compte tenu des aléas de la
navigation à cette époque, le " prêt à la grosse
aventure " nétait bien souvent quune pure spéculation, et
les taux dintérêt étaient très élevés (de lordre de 30 à 50
p. 100). Aussi nest-il pas étonnant quil ait été interdit comme
entaché dusure par une décrétale de Grégoire IX en 1227. Les commerçants
ne tardèrent pas, cependant, à trouver une riposte appropriée en séparant
lopération de " garantie " de lopération de
" prêt " qui devenait moins utile, les armateurs et
marchands sétant par ailleurs considérablement enrichis du XIIe au XIVe siècle.
La ville de Gênes a ainsi conservé les minutes de quatre-vingts polices, rédigées par
un même notaire, pour un seul mois de lannée 1393.
De là, lopération de garantie
sétend au XVe siècle à Barcelone, aux Pays-Bas, dans les villes hanséatiques,
pour finalement atteindre la France et lAngleterre après la guerre de Cent Ans.
Il faut noter, cependant, que ce
contrat restait encore loin de lassurance véritable et, sil soulageait
l " assuré " en transférant le risque sur une autre
personne, il laissait entier le problème sur les épaules de cette dernière.
Le calcul actuariel,
création européenne
Pour que cet aléa disparaisse, il
fallut attendre que la découverte du calcul des probabilités et le progrès de
lobservation statistique permettent une prévision rationnelle du risque. Mais ce
nest quau XVIIe siècle que Pascal, à la demande dun joueur de
cartes passionné, le chevalier de Méré, découvre les bases du calcul des probabilités
et la loi des grands nombres (La Géométrie du hasard , 1654). Trois ans plus tard,
le Hollandais Christiaan Huygens retrouve les calculs de Pascal et fait paraître, en
1657, Calcul dans les jeux du hasard . À la même époque, Christiaan Huygens
également mais aidé de son frère rédige la première table de
mortalité, et Jean de Witt, grand pensionnaire de Hollande, établit le premier calcul
des rentes viagères, dont le coût était jusqualors de détermination arbitraire,
en labsence dindications statistiques valables sur la durée de la vie
humaine.
Ces travaux sont complétés au
XVIIIe siècle par lastronome anglais Halley et le théologien allemand Neumann, qui
rassemblent alors de nombreux renseignements sur la mortalité, et sont couronnés à la
fin du siècle par le Français Deparcieux, à partir de lexpérience des
" tontines " , du nom du créateur, le banquier napolitain
Lorenzo Tonti (1653). Les tontines étaient des groupements dune dizaine
dadhérents dont les cotisations étaient converties en valeurs dÉtat et
capitalisées. Au terme de la durée prévue aux contrats, les sommes capitalisées
étaient réparties entre les survivants jusquau dernier décès. Le Parlement ne
ratifia pas ce projet, mais lidée fut reprise par Pontchartrain, ministre de
Louis XIV, avec plus de succès.
Auteur du premier traité
dactuariat, lAnglais Richard Price mérite une place particulière. Son
ouvrage, qui aura par la suite une influence notable sur le fonctionnement des premières
grandes compagnies dassurances, démontre notamment la nécessité de prévoir des
" réserves mathématiques " .
Au milieu du XIXe siècle, enfin,
lactuariat devient une science autonome avec la création de lInstitute of
Actuaries à Londres et du Cercle des actuaires français, devenu en 1890 lInstitut
des actuaires français.
Lassurance maritime au
XVIe siècle
Nous avons vu que lassurance
maritime est apparue au XIVe siècle en Italie. La première police dassurance que
lon ait conservée remonte au 23 octobre 1347 ; elle fut rédigée à
Gênes, pour le voyage du navire Santa Clara , de Gênes à Majorque.
Lassurance maritime sest
étendue ensuite à tous les autres pays européens. La Chambre de commerce de Marseille
conserve ainsi une police souscrite le 15 octobre 1584 pour le Saint-Hilaire ,
à loccasion dun transport de marchandises de Marseille à Tripoli. Un contrat
de langue anglaise assurait, en 1617, la cargaison du bateau The Three Brothers .
Soumis aux usages locaux de chaque
port, et variant nécessairement selon les conceptions personnelles de chaque assureur,
ces premiers contrats sont extrêmement différents tant dans leur forme que dans leur
fond, ce qui ne manquait pas de gêner les échanges ; aussi voit-on apparaître
très rapidement une réglementation particulière à chaque pays où sexerce le
commerce maritime.
Dès 1435, Jacques Ier
dAragon édicte lOrdonnance de Barcelone, qui est ainsi le premier monument
législatif de lassurance.
Cet exemple est rapidement suivi en
France, à Rouen (Guidon des marchands de la mer, en 1500), à Florence en 1523 et à
Gênes en 1588, aux Pays-Bas (1570), en Espagne (Ordonnance de 1566), en Angleterre
(1574).
Cette codification sera
perfectionnée au XVIIe siècle, notamment par lOrdonnance de Colbert (1681), qui
aura une grande influence sur le développement ultérieur du droit des assurances
maritimes.
Cest en Italie également
quétait née la première société dassurances maritimes en 1424, mais
cest surtout à partir de lAngleterre que se développeront les chambres
dassurances, cercles ou clubs de particuliers ayant pour profession de pratiquer
lassurance, qui sont à lorigine de la plupart des innovations en matière
dassurance, jusquà la constitution définitive des grandes compagnies au XIXe
siècle.
Lassurance incendie au
XVIIe et au XVIIIe siècle
Lassurance incendie est née au
XVIIe siècle dans les pays de lEurope du Nord où lutilisation systématique
du bois pour la construction des maisons et leur chauffage aggravait singulièrement les
risques dincendie, dautant plus quà la même époque
laccroissement de la population amenait un développement rapide des
agglomérations.
Ainsi, en 1666, il fallut quatre
jours pour maîtriser lextraordinaire incendie de Londres qui avait pris naissance
dans une boulangerie : 13 000 maisons furent détruites sur une surface de 175
hectares.
À la suite de ce désastre sera
créé en Angleterre le Fire Office, qui donnera naissance en 1696 à plusieurs
compagnies, dont la Hand in Hand, première compagnie dassurances contre
lincendie.
De même, laggravation des
risques dincendie amène la création en France, en 1717, du Bureau des incendiés,
organisme municipal qui reposait cependant plus sur lidée de charité publique que
sur celle de lassurance. Les premières compagnies françaises dassurances
contre lincendie apparaissent plus tard. En 1753, Maisonneuve constitue la Chambre
ou Compagnie dassurances générales, et, en 1786, les frères Perrier créent la
Compagnie des eaux de Paris, qui sera supplantée quelques années plus tard par la
Compagnie dassurances contre les incendies de Labarthe.
Naissance de lassurance sur la vie
Dès la première moitié du XVe
siècle sont conclus des contrats dassurance sur la vie de lépouse ou des
parents, ou même de tiers, garantissant le
" contractant " à légard des pertes éventuelles
que le décès de lun ou des autres aurait pu entraîner, et lon a conservé
une police délivrée le 18 juin 1583 à la Bourse de Londres par seize marchands qui
appartenaient à la Chambre des assurances, créée quelques années auparavant ; il
sagissait dune assurance " temporaire " ,
souscrite pour une durée dune année au taux de 8 p. 100 par un
Londonien.
Ces premières formes
dassurance se distinguaient toutefois assez mal des paris sur la mort ou la survie
des hommes illustres comme le pape, les rois ou les empereurs, qui étaient alors de
pratique courante. Aussi les grandes lois sur lassurance, comme lOrdonnance de
Barcelone ou lOrdonnance de Colbert de 1681, interdisent-elles lassurance sur
la vie en considération de son caractère de " spéculation sur la vie
humaine " , et parce quelle attribue à cette vie humaine un prix.
Toutefois, les tontines, dont les fonds sont confiés à lÉtat, restent
autorisées.
Le gouvernement anglais se montre
moins rigoureux et, sil interdit les sociétés dassurances sur la vie en
1720, linterdiction est levée dès lannée suivante. En 1774, le Gambling Act
fonde lassurance sur des bases plus rationnelles. Il avait fallu attendre en effet
que soit créée en 1762 à Londres, à partir des premiers résultats du calcul
actuariel, la société lÉquitable pour que lassurance-vie soit
définitivement constituée.
Jusqualors, les compagnies
dassurances sur la vie pratiquaient un tarif uniforme ne tenant pas compte de
lâge des assurés. De ce fait, elles ne recueillaient que des souscriptions de
personnes âgées. LÉquitable fut la première, au contraire, à pratiquer un tarif
variant avec lâge et établi à partir des travaux du docteur Price.
Développement récent de
lassurance
Au XIXe et plus encore au XXe
siècle, le progrès économique et technique sest traduit par un prodigieux
développement de lassurance. Il serait fort difficile détablir
aujourdhui une liste des risques maintenant couverts par lassurance,
dautant plus que cette liste sallonge chaque jour.
En multipliant les biens et en
accroissant sans cesse le coût des installations, la révolution industrielle a en effet
considérablement accru le nombre comme la gravité des risques, et il nest
nullement besoin dinsister ici sur limportance des risques issus de
lindustrialisation (incendie dusines, bris de machines, accidents du travail,
etc.) ou de ceux qui sont couverts par lassurance automobile.
Dans le même temps,
lévolution de la société, marquée par le recul de la solidarité familiale, le
développement du salariat, la spécialisation du travail, la moindre importance de la
fortune immobilière, a rendu linsécurité de plus en plus difficile à supporter.
Aussi, dès la fin du XIXe siècle,
voit-on apparaître des systèmes de sécurité sociale alimentés par limpôt ou
par des cotisations obligatoires. Mais ils sont fondés plus sur lidée de
solidarité et de redistribution du revenu national que sur celle dassurance.
3. Le champ dactivité de
lassurance privée
Le champ dactivité de
lassurance privée est aujourdhui presque aussi étendu que celui de
lactivité économique.
Malgré le foisonnement des garanties
actuellement pratiquées par les sociétés dassurances, on peut effectuer un
premier classement des activités dassurance en distinguant, selon lobjet
auquel elles sappliquent, les assurances concernant les personnes et les assurances
concernant les biens.
Les assurances de personnes tentent
de couvrir tous les aléas de la vie humaine en prévoyant des prestations en cas de
décès ou en cas de vie, en cas daccident ou de maladie.
Dans tous les pays, on établit une
distinction entre les assurances sur la vie et les assurances datteintes
corporelles.
Les assurances sur la vie
Les diverses formes dassurances
sur la vie ont toutes le même fondement : la durée de la vie humaine. Elles
prévoient soit le paiement dun capital ou dune rente en cas de décès
(assurances en cas de décès), soit le paiement dun capital ou dune rente en
cas de survie à une époque déterminée (assurances en cas de vie).
Lassurance en cas de décès
est la plus ancienne, mais son développement fut freiné pour des raisons morales :
elle ne profite quaux survivants. Elle a commencé à connaître un grand essor
lorsquon en a fait la combinaison avec lassurance en cas de vie.
Lassurance temporaire est un
contrat souscrit pour une durée limitée et prévoyant le paiement dun capital ou
dune rente si le décès de lassuré survient avant léchéance finale
du contrat ; cest une assurance à fonds perdus car, en cas de survie à la fin
du contrat, les primes versées restent acquises à la société dassurances.
Lassurance vie entière est un
contrat souscrit sans limitation de durée et prévoyant le paiement dun capital ou
dune rente, quelle que soit lépoque à laquelle surviendra le décès de
lassuré.
Il faut citer, en outre,
lassurance à terme fixe qui garantit le paiement dun capital ou dune
rente à léchéance prévue au contrat, que lassuré soit vivant ou non. Si
lassuré décède en cours de contrat, les primes cessent dêtre dues.
La plupart des formules actuellement
pratiquées combinent les deux éléments traditionnels, assurance en cas de décès et
assurance en cas de vie, dans des proportions diverses : les formules qui donnent le
pas à la garantie en cas de décès visent surtout à la protection familiale à courte
échéance, tandis que les formules qui donnent le pas aux garanties en cas de vie
répondent à un souci dépargne personnelle du souscripteur.
Principale combinaison,
lassurance mixte est un contrat souscrit pour une durée déterminée et qui
prévoit le versement dun capital ou dune rente, soit au décès de
lassuré, sil survient au cours du contrat, soit à léchéance, si
lassuré est vivant. Cest le contrat qui offre la garantie la plus complète,
le versement du capital étant certain quoi quil arrive.
Pour répondre aux besoins du public,
les assureurs français ont également développé un contrat dépargne original, le
titre de capitalisation , qui connaît un grand succès. Ce contrat se présente
comme un bon au porteur qui garantit le versement dun capital à léchéance,
mais il peut aussi prévoir un remboursement immédiat par un système de tirage au sort.
Toutes les combinaisons
dassurance sur la vie se prêtent à la plus grande souplesse. En effet, la durée
du contrat, la durée de paiement des primes, la forme de la prestation (capital ou
rente), la nature de lassuré (assurance sur une tête ou assurance sur plusieurs
têtes), la clause bénéficiaire (détermination préalable de lattributaire ou des
attributaires du capital ou de la rente, ainsi que les modalités de la répartition
éventuelle de cette prestation entre eux, selon lépoque à laquelle elle sera
versée) peuvent varier dun contrat à lautre en fonction des besoins propres
au souscripteur de la police. Les montants assurés peuvent même être exprimés en
unités de compte qui se réfèrent à un type de placement particulier (par exemple des
parts de Sicav ou de sociétés immobilières). De plus, après avoir déduit leurs frais
de gestion et de distribution, appelés chargements, les assureurs augmentent chaque
année les sommes garanties aux contrats par laffectation à lépargne des
assurés de la quasi-totalité des revenus financiers et des plus-values réalisées. Ces
sommes, ou " participations aux bénéfices " , sont
réparties entre les assurés et accroissent lintérêt financier des contrats.
Non contentes doffrir une
grande variété de services grâce à la large palette de leurs prestations, les
sociétés dassurances ont également diversifié leurs activités pour
sadapter à tous les types de clientèle.
Depuis la Seconde Guerre mondiale, le
développement des besoins de prévoyance collective des entreprises pour le compte de
leurs salariés a fait progresser les assurances sur la vie souscrites à titre collectif
(assurances collectives). Dans certains pays, en particulier en Grande-Bretagne et en
Scandinavie, les entreprises souscrivent au profit de leurs salariés à des régimes de
pension. En France, les contrats collectifs portent sur les risques de décès avant
lâge de la retraite et les prestations de retraite. Ils peuvent également garantir
lincapacité de travail et le remboursement des frais médicaux et pharmaceutiques
en cas daccident ou de maladie.
Les assurances
datteintes corporelles
Le besoin de sécurité matérielle
qui est à la base de lassurance en cas de décès et de lassurance en cas de
vie est aussi le fondement des assurances en cas de maladie et en cas daccident.
En effet, la maladie ou
laccident corporel déjouent les prévisions financières des individus et portent
parfois de graves atteintes à leur patrimoine.
Ces assurances comportent un ensemble
de prestations destinées à faire face à ces événements : remboursement total ou
partiel des frais médicaux, pharmaceutiques et dhospitalisation, paiement
dune indemnité journalière en cas dincapacité temporaire et, dans le cas
dincapacité permanente, versement dun capital ou dune rente.
Ces assurances peuvent avoir un objet
général ou, au contraire, un objet restreint ; elles peuvent être limitées à une
catégorie particulière de blessures (par exemple, perte dun doigt pour un
pianiste, perte de la vue, perte dun membre inférieur, etc.), à une catégorie
particulière daccident (par exemple, accident dautomobile), à un événement
particulier (par exemple, tel voyage aérien), à certaines activités (chasse, sports
dhiver, scolarité, etc.) ou à certaines maladies (maladies de longue durée, par
exemple).
Les contrats qui garantissent les cas
daccidents existent dans tous les pays et forment une branche dactivité qui
se développe à un rythme rapide. Les contrats qui concernent plus spécialement les cas
de maladie sont évidemment beaucoup plus nombreux dans les pays où ce risque ne fait pas
lobjet dun système public dindemnisation tel que ceux qui existent en
Grande-Bretagne ou en France par exemple (cf. SÉCURITÉ SOCIALE). Ainsi
lassurance maladie est-elle spécialement développée en Allemagne.
Lassurance maladie na
cependant pas disparu des pays qui ont instauré des systèmes dassurances sociales.
Elle joue un rôle complémentaire très important, en couvrant les personnes qui
demeurent en dehors du régime public, et en accordant aux autres des garanties
supplémentaires : remboursements de la part des frais qui dépasse le plafond des
assurances sociales, remboursement des tickets modérateurs et des franchises.
Les assurances relatives aux
biens et aux intérêts
Les biens corporels ou incoporels
composant le patrimoine dune personne physique ou morale peuvent être perdus, ou
détériorés, ou appréhendés par des tiers du fait des responsabilités pécuniaires
encourues envers eux par le propriétaire.
Ces pertes et responsabilités
peuvent être à lorigine de graves perturbations financières, que sefforcent
de couvrir les assurances relatives aux biens et aux intérêts.
Autrefois, ces assurances se
présentaient seulement comme des " assurances de
choses " : elles ne concernaient que la protection des biens. Il y a
fort longtemps, elles ne garantissaient même que la perte des marchandises transportées
par voie maritime et celle des biens détruits par le feu. Par la suite, les garanties se
sont étendues ; elles couvrent le vol, la destruction par la grêle, la perte des
biens au cours de transports aériens ou terrestres, les dégâts causés par les eaux, la
détérioration des véhicules, le bris des machines, etc.
De nos jours, le jeu de la
responsabilité civile à la charge du propriétaire dun bien peut entraîner des
conséquences financières parfois plus graves que la perte de ce bien. Cest le cas,
par exemple, pour lautomobile. Aussi pour garantir les conséquences financières de
la responsabilité civile a-t-on créé les assurances de responsabilité.
Cette responsabilité peut être
générale, lorsquelle est engagée à légard des tiers ; elle peut
aussi être particulière : à légard des salariés dans les cas des accidents
de travail, par exemple. Elle peut dériver aussi dune activité professionnelle
(responsabilité décennale de larchitecte) ou dun simple état social
(responsabilité du chef de famille).
Dans nos sociétés contemporaines,
le risque de responsabilité peut prendre une dimension considérable. Certaines
professions (comme les chirurgiens) ou certaines entreprises (comme les fabricants de
produits alimentaires) sont particulièrement exposées. Pour ces dernières, les
assureurs ont développé les contrats " R.C. produit " .
À côté de ces assurances couvrant
les divers risques qui concernent les biens corporels sont apparues des assurances de
" pertes pécuniaires " qui garantissent les préjudices
pouvant affecter les biens incorporels. Ces assurances deviennent de plus en plus
importantes à mesure que se développent le commerce et le crédit avec tous les aléas
quils comportent.
Lassurance-crédit,
qui contribue au développement du commerce, garantit le créancier contre
linsolvabilité du débiteur.
Lassurance
chômage permet à lemprunteur de voir sa compagnie dassurances se
substituer à lui, en cas de perte demploi, pour verser tout ou partie des
échéances.
Lassurance
caution couvre le risque de non-paiement dune dette arrivée à échéance.
Enfin et surtout, lassurance
garantit le manque à gagner dû à certains événements : la diminution de recettes
consécutive au mauvais temps dans le cas de lassurance
" manifestations sportives " , ou la couverture des risques
dexploitation, dans le cas de lassurance " perte
dexploitation " après incendie ou bris de machine (indemnisation
des frais fixes qui continuent à courir après un sinistre ayant interrompu la
production).
Ces assurances relatives aux biens et
aux intérêts se sont multipliées et diversifiées par suite de lextension des
activités humaines. Elles sont devenues si nombreuses que, par souci de simplification,
les assureurs tendent de plus en plus à présenter des polices combinées, regroupant les
diverses garanties concernant un même bien ou une même activité. Cest le cas, par
exemple, des polices combinées pour les risques liés à lhabitation. Selon les
pays et les compagnies, ces polices comprennent : la garantie, en cas
dincendie, de limmeuble assuré, des recours des propriétaires de cet
immeuble contre le locataire (risque locatif) et, réciproquement, des meubles et objets
mobiliers, de la responsabilité civile de loccupant des lieux à légard des
voisins et des tiers ; la garantie, en cas de dégât des eaux, des locaux assurés
et de la responsabilité de loccupant à légard des voisins et des
tiers ; la garantie, en cas de vol, des biens mobiliers de lhabitation ;
la garantie, en cas daccident, de la responsabilité civile de loccupant en
tant que chef de famille.
Lassurance automobile
Autre exemple, la police
dassurance automobile peut rassembler dans un document unique la garantie de la
responsabilité civile du propriétaire et du conducteur (assurance aux tiers ou assurance
directe), la garantie des dommages causés au véhicule (assurance tierce et assurance
tierce-collision), la garantie des blessures ou du décès des passagers (assurance
personnes transportées ou famille-passagers), la garantie en cas de vol, dincendie
et de bris de glace.
Il faut également citer les
prestations dassistance et de protection juridique (assurance défense-recours),
développées à lorigine en complément des contrats auto qui peuvent être
désormais garanties par des contrats séparés.
Lorsque la police prévoit, outre
lassurance aux tiers, la garantie des dommages aux véhicules et celle des cas
dincendie et de vol, lensemble constitue une assurance " tous
risques " (au Royaume-Uni, comprehensive insurance ).
Dans de nombreux pays, la loi a rendu
obligatoire la souscription dune assurance de responsabilité civile pour les
possesseurs de véhicules automobiles, ou plus généralement de véhicules à moteur.
Cest notamment le cas dans tous les pays dEurope occidentale.
Le législateur est alors amené à
définir des conditions minimales dassurance. Ces conditions sont particulièrement
sévères en France, en raison de létendue de la responsabilité civile automobile
et du niveau dappréciation des dommages, qui y est plus élevé quailleurs.
Un Fonds de garantie automobile, financé par lensemble des assurés et des
assureurs, et dont la compétence a été étendue aux accidents de chasse et aux
attentats prend en charge les dommages dont le responsable est inconnu ou se révèle non
assuré. Les automobilistes des autres pays ne sont admis dans un pays où
lassurance de responsabilité est obligatoire que sils sont titulaires, dans
leur pays dorigine, dun contrat dassurance qui prévoit la garantie des
dommages à létranger dans les conditions découlant de la législation locale.
Afin de faciliter la preuve de la souscription de tels contrats, les assureurs délivrent
une " carte verte " qui vaut engagement de régler, dans
les pays énumérés sur ce document, et conformément au droit local, les dommages dont
serait responsable le titulaire.
Pour réduire au minimum les délais
dindemnisation, les sociétés dassurances du marché français ont signé
entre elles des conventions aux termes desquelles, en cas daccidents matériels non
graves (ceux-ci représentent 80 p. 100 du nombre des accidents), elles font
expertiser les dommages du véhicule de leur propre assuré et proposent à celui-ci un
règlement anticipé de ces dommages en application dun barème forfaitaire de
responsabilité établi daprès les points de choc entre les véhicules. Des
formulaires de constats amiables daccidents remplis par les assurés facilitent la
connaissance, par les assureurs, des éléments de fait indispensables pour
lapplication de ces formules d " avances sur
recours " .
La recherche la plus intéressante en
vue de réduire la lourdeur des charges de sinistres réside dans les discriminations
tarifaires en fonction de la qualité des conducteurs (bonus ou malus). Le fichier des
infractions graves à la réglementation routière fournit, dans certains États
dAmérique du Nord, le moyen de pousser cette discrimination à un degré qui
na pas encore été atteint en Europe. Mais lopinion publique est de plus en
plus sensibilisée dans tous les pays à la nécessité de cette discrimination. La
généralisation des franchises, cest-à-dire une part de sinistre restant à la
charge de lassuré, constitue également une réponse à la progression du coût des
accidents.
Le risque nucléaire
Les assureurs sefforcent de
répondre aux besoins nouveaux de garantie engendrés par les progrès technique,
économique et social. La plupart des risques nouveaux qui apparaissent resteraient
inassurables, faute dune connaissance statistique satisfaisante, si les assureurs ne
facilitaient pas cette connaissance en acceptant de les couvrir avant quils aient
toutes les caractéristiques des risques assurables.
Ainsi les sociétés
dassurances, au début de ce siècle, ont-elles couvert les premières voitures
automobiles alors que les risques en cause nétaient ni assez nombreux, ni assez
répartis, ni assez connus pour être qualifiés dassurables. Il en a été de
même, plus récemment, de nombreux risques qui font lobjet aujourdhui
dassurances usuelles, en particulier le bris de machines, le risque informatique, le
risque de perte dexploitation, etc.
Un exemple particulièrement typique
de leffort réalisé par lassurance privée pour permettre aux entreprises de
suivre le progrès technique est fourni par lassurance du risque atomique. Dès
lapparition des applications industrielles de lénergie nucléaire, les
assureurs se sont penchés sur les délicats problèmes que pose la couverture des risques
qui en découlent ; ils ont entrepris à ce sujet de nombreuses études sur le plan
européen et ont même fondé un Centre détudes du risque atomique qui fonctionne
dans le cadre du Comité européen des assurances.
En fait, lorsquil sagit
des dommages susceptibles datteindre un réacteur nucléaire et à plus forte raison
lorsquil sagit de préjudice aux tiers pouvant être imputés à la
responsabilité dun exploitant de réacteur nucléaire, limportance des sommes
en jeu rend nécessaire la mobilisation de la capacité de couverture des assureurs du
monde entier.
Malgré ces difficultés
considérables, les sociétés dassurances, soucieuses de répondre aux demandes des
exploitants de réacteurs, ont réussi, grâce à une collaboration internationale quasi
mondiale, à créer un réseau de pools nationaux de souscription qui, avec le secours
dune réassurance réciproque très importante, accordent leurs garanties, tant pour
les dégâts matériels aux réacteurs que pour la responsabilité civile, sous certaines
conditions et dans certaines limites, très larges il est vrai.
4. LÉtat et lassurance
La nature particulière de la
prestation dassurance, qui sanalyse comme une promesse de paiement
conditionnel moyennant un versement immédiat, suppose que lentreprise qui
sengage ainsi demeure en état de remplir ses engagements jusquau moment où
elle sera appelée à effectuer le paiement convenu. Aussi dans un grand nombre de pays
les pouvoirs publics ont-ils institué une réglementation et un contrôle des opérations
et des entreprises dassurances. Limité au départ à certaines branches
(essentiellement à lassurance sur la vie), ce contrôle sest étendu aux
assurances de responsabilité et a tendu à se généraliser à lensemble des
secteurs.
Réglementation et contrôle
Presque tous les pays exigent une
autorisation préalable spéciale pour la création dune entreprise
dassurances. Cet agrément nest jamais général ; il est accordé pour
une ou plusieurs branches ou parties de branches déterminées. Les sociétés qui
pratiquent les opérations dassurance sur la vie ne peuvent en général opérer
dans les autres branches. Cette pratique est rigoureuse dans les pays de la Communauté
européenne.
En plus ou à la place dun
capital minimal, certains pays exigent un ou plusieurs cautionnements ou garanties,
quelquefois seulement des entreprises étrangères. Le Royaume-Uni laisse les sociétés
dassurances libres de fixer elles-mêmes leurs provisions techniques et ne contrôle
pas la nature des actifs. La plupart des pays énumèrent les provisions techniques
obligatoires ; certains en fixent le mode de calcul pour la branche vie (Danemark et
Suède) ou pour toutes les branches (Espagne et France).
Les services administratifs qui
exercent le contrôle de lassurance dépendent en général du ministère des
Finances.
Cest au Royaume-Uni que le
contrôle est le plus léger, étant limité à la surveillance de la solvabilité des
entreprises. En France, le contrôle relève de la compétence de la commission de
contrôle des assurances dont les cinq membres sont nommés par le ministre de
lÉconomie, des Finances et du Budget. Pour effectuer des vérifications sur pièces
et dans les sociétés, cette commission dispose dun corps de commissaires
contrôleurs. Elle est dotée de larges pouvoirs dinvestigation et peut prendre des
sanctions qui peuvent aller jusquau retrait dagrément.
Un système analogue est prévu pour
les institutions à statut particulier régies par le Code de la sécurité sociale, le
Code rural et le Code de la mutualité.
Fiscalité
Dans la plupart des pays, les primes
dassurances échappent à la fiscalité indirecte de droit commun (T.V.A.).
Elles sont le plus souvent soumises
à une taxe spécifique dont le taux est très variable selon les branches et selon les
pays. Les assurés de certains organismes peuvent même bénéficier dexonérations
fiscales comme, en France, les mutuelles agricoles, pour les risques professionnels, ainsi
que les caisses de retraite et de prévoyance et les organismes régis par le Code de la
mutualité, pour lassurance maladie. Ces disparités sont cependant appelées à
satténuer avec linstauration du Marché unique européen.
Pour encourager lacte de
prévoyance que constitue lassurance-vie, au demeurant utile à la collectivité
puisque générateur dépargne longue susceptible de financer les investissements,
en général dintérêt public, nombreux sont les pays à avoir consenti aux
souscripteurs dune assurance sur la vie, au moins à certaines périodes et dans
certaines limites, un régime de faveur relatif aux primes et aux revenus de leur épargne
au regard de limpôt sur le revenu.
5. Les entreprises dassurances
Les opérations dassurances
sont pratiquées non seulement par des entreprises, qui sont privées, mutuelles ou
nationalisées, mais aussi par des organismes à monopole ou à privilège.
Les organismes à monopole ou à
privilège
En France, les principaux organismes
à monopole ou privilège sont les suivants :
-
La Caisse centrale de réassurance (C.C.R.), créée
par la loi du 25 avril 1946. À cet établissement public, toutes les entreprises
dassurances du marché français étaient jusquen 1970 obligées de céder en
réassurance une quote-part de leurs engagements (cessions légales). Depuis cette date,
ses fonctions ont été redéfinies. Elle réassure actuellement certains risques
exceptionnels avec la garantie de lÉtat : guerre nucléaire, catastrophes
naturelles et attentats. Elle gère en outre plusieurs fonds dindemnisation :
calamités agricoles, revalorisation des rentes daccidents de circulation,
compensation de lassurance construction. Les assureurs peuvent également
sadresser à elle comme à un réassureur de droit commun (cessions
conventionnelles).
-
La Caisse nationale de prévoyance (C.N.P.),
héritière de la Caisse nationale de retraites pour la vieillesse et de la Caisse
nationale dassurances en cas de décès, qui avaient été créées respectivement
en 1850 et 1868 en vue de mettre lassurance sur la vie à la portée des bourses
modestes. Elle utilise pour la distribution de ses contrats les guichets des postes et de
la comptabilité publique.
-
La Compagnie française dassurance pour le
commerce extérieur (Coface). Son statut est celui dune société déconomie
mixte dont lobjet est dassumer, pour le compte de lÉtat, la gestion du
service public de lassurance-crédit à lexportation et de garantir la bonne
fin du commerce extérieur.
Dans certains autres pays, il existe
aussi des organismes de nature monopolistique ou bénéficiant de privilèges. On peut
citer à titre dexemple le monopole de lassurance incendie accordé dans
certains cantons suisses à un organisme public unique.
En Italie, lIstituto nazionale
dassicurazioni (I.N.A.) disposait du monopole de lassurance sur la vie
jusquà la fin du XIXe siècle. En Espagne, le Consorsio bénéficie également
de dispositions particulières pour lassurance des événements naturels et des
attentats. En Allemagne, des caisses spécialisées assurent les collectivités locales.
La tendance générale est cependant
à la disparition progressive des avantages consentis à de tels organismes, au nom du
principe de légalité de traitement sur un même marché, qui est lun des
fondements de lharmonisation européenne.
Le statut des sociétés
dassurances
Dune façon générale, une
personne physique ne peut pratiquer des opérations dassurances soumises au
contrôle. Cependant, dans certains pays (Belgique, pour lassurance de
responsabilité civile automobile, Danemark, France, Grèce, Irlande, Royaume-Uni et
Suisse), un groupement de personnes peut le faire mais, en pratique, cette situation reste
exceptionnelle (en Belgique, en France, en Grèce et en Suisse ; le seul groupement
admis est le Lloyds, qui constitue un cas spécial).
Dans tous les pays, les entreprises
dassurances doivent être constituées sous des formes juridiques déterminées. En
France, le Code des assurances autorise trois types de sociétés de statut
différent : les sociétés nationalisées, les sociétés anonymes et les sociétés
mutuelles.
Les sociétés nationalisées ont
été instituées par une loi du 26 avril 1946 qui a transféré à lÉtat la
propriété des actions de trente-cinq sociétés dassurances. Par suite de fusions,
ces entreprises ont donné naissance à trois groupes : lUnion des assurances
de Paris (U.A.P.), les Assurances générales de France (A.G.F.), le Groupe des assurances
nationales (G.A.N.). Ces entreprises sont soumises aux mêmes sujétions administratives
et aux mêmes règles commerciales que les sociétés non nationalisées. Chacun des
groupes est organisé autour dune société centrale, cotée en Bourse, et dont
lÉtat possède, directement ou indirectement, les trois quarts au moins du capital
social. Leur président est nommé par le gouvernement sur proposition du conseil
dadministration.
Les sociétés anonymes sont soumises
aux mêmes règles que les sociétés anonymes de droit commun, mais elles doivent en
outre respecter des dispositions particulières édictées par le Code des assurances
(montant du capital, etc.). Les plus importantes en France sont les groupes Victoire et
AXA.
Les sociétés mutuelles sont des
sociétés civiles qui échappent au droit commercial et peuvent prendre plusieurs formes.
Ce sont le plus souvent de petites sociétés à caractère professionnel ou régional.
Les sociétés dassurances
mutuelles ont été créées pour dépasser le cadre des petites sociétés mutuelles tout
en conservant le principe mutualiste. Certaines sont anciennes et utilisent des agents
comme les Mutuelles du Mans. Dautres se sont constituées plus récemment et ont
connu un développement rapide dans la branche auto en prospectant des groupes
professionnels (M.A.C.I.F., G.M.F., M.A.I.F., M.A.A.F., Matmut, etc.). Dans le domaine des
risques sociaux et professionnels, les sociétés mutualistes, les institutions de
retraite et de prévoyance et la Mutualité agricole disposent de statuts particuliers.
En 1988, la part de marché détenue
par chacun de ces groupes dassureurs était de 24 p. 100 pour les
entreprises nationalisées, 42 p. 100 pour les sociétés anonymes et
25,5 p. 100 pour les mutuelles, le solde, soit 8,5 p. 100, correspondant à
la C.N.P. et aux sociétés étrangères.
On retrouve des formes
dentreprises analogues aux formes françaises dans la plupart des pays étrangers.
Leur dimension
Dans tous les pays, il existe des
sociétés dassurances de dimensions très diverses. Les plus petites sont, en
général, des sociétés mutuelles très spécialisées sur un plan local ou
professionnel. Les plus importantes sont des sociétés opérant sur toute létendue
du territoire national, voire à létranger.
La dimension des plus importantes
sociétés est variable selon les pays (tabl. 1). Elle est la plus grande aux États-Unis
et au Japon. Les géants y sont des mutuelles spécialisées en assurance de personnes
(vie et maladie) qui exercent des actions dévolues dans dautres pays, comme la
France, à des organismes publics.
En France, au 31 décembre 1988,
cinq cent soixante-cinq sociétés opéraient sur le marché dont quatre cent trente-huit
en assurance dommages. Les principaux groupes sont donnés dans le tableau 2.
La distribution
La distribution de lassurance
peut sopérer soit directement par des salariés de lentreprise
dassurances, soit indirectement par des intermédiaires. Quel que soit son statut,
la personne qui présente des opérations dassurances au public est appelée
" producteur " en raison du fait que la souscription
des risques est, pour lentreprise dassurances, un élément indispensable à
la " fabrication " de la garantie quelle produit.
En France, les sociétés
dassurances essentiellement en assurance sur la vie, en capitalisation et en
assurance maladie recourent pour une part importante à des producteurs salariés ou à
des mandataires (25 000 environ). Mais, en assurances dommages et collectives,
lessentiel des opérations fait appel aux deux circuits suivants :
-
Les agents généraux dassurances
(21 000 environ), travailleurs indépendants (profession libérale), liés à la
société dassurances quils représentent par un traité de nomination qui,
pour les branches autres que la vie, leur donne souvent un mandat exclusif dans un ressort
territorial déterminé.
-
Les courtiers dassurances , souvent
appelés assureurs-conseils , commerçants mandataires de leurs clients et qui
travaillent ou peuvent travailler avec un grand nombre de sociétés. Les courtiers
nexistaient autrefois quà Paris et à Lyon ; on en trouve maintenant
dans toutes les grandes métropoles de province. Ils ne sont guère plus de mille sept
cents, les plus nombreux travaillant seuls, certains étant à la tête de cabinets de
courtage, disposant dun personnel de plusieurs dizaines, voire de centaines de
personnes et constituant de véritables entreprises commerciales à vocation
internationale. À létranger, le placement des opérations dassurance est
réalisé dans des conditions analogues, même lorsque les appellations sont différentes.
Aux États-Unis, à côté des courtiers qui résident surtout dans les grandes villes, on
trouve des " agents indépendants " , qui représentent
une ou plusieurs sociétés, et des " agents captifs " ,
qui sont les mandataires purement commerciaux dune seule société.
Au cours des dernières années, de
nouvelles formes de distribution se sont développées.
En France, les mutuelles qui
pratiquent la vente directe ont connu une croissance très importante qui leur a permis de
conquérir plus de la moitié du marché du risque automobile.
Par la suite, de nombreux organismes
financiers et bancaires se sont lancés avec succès dans lassurance-vie et la
capitalisation, où ils détiennent désormais près de 40 p. 100 du marché.
La complémentarité de la banque et
de lassurance a également suscité de nombreux rapprochements entre banques et
sociétés dassurances qui visent notamment à mettre les réseaux en commun ;
ces rapprochements sont popularisés sous le terme de " bancassurance
" (accord entre lU.A.P. et la B.N.P. par exemple).
6. Rôle de lassurance dans les
investissements
Le rôle de lassurance est
dapporter de la sécurité aux agents économiques.
Un autre aspect non moins important
est sa contribution au financement des investissements.
Les entreprises dassurances
prennent à légard de leurs assurés, moyennant paiement immédiat du prix de cette
garantie, des engagements qui ne se traduiront en paiements que plus tard. Aussi la saine
gestion conduit-elle ces entreprises à constituer des provisions appropriées, les
provisions techniques ; les pouvoirs publics en ont dailleurs rendu
linstitution obligatoire dans presque tous les pays, et ont même prescrit le mode
de calcul et les modalités de contrôle dans certains pays, dont la France.
Les provisions
Les provisions techniques doivent
être distinguées selon quil sagit dopérations dassurance sur la
vie ou dautres opérations dassurance.
Les provisions mathématiques
dassurance sur la vie correspondent, pour lessentiel, aux primes mises de
côté au fur et à mesure de leur versement en vue de constituer progressivement le
capital dont le paiement est prévu à léchéance. Elles constituent à
lévidence une épargne, puisque les assurés qui les ont versées les ont
distraites de leur consommation en vue dun acte de prévoyance, en général à long
terme. Dans les pays où lassurance sur la vie est fortement développée, et où la
monnaie na pas subi de dépréciation trop sensible, ces provisions mathématiques
atteignent des montants considérables comme aux États-Unis.
Les provisions techniques des
sociétés dassurances non-vie sont de deux sortes :
-
les provisions pour risques en cours , qui
correspondent à la partie de prime encaissée dun exercice déterminé, mais
destinée à garantir le risque au-delà de la fin de cet exercice ;
-
les provisions pour sinistres restant à régler
, qui correspondent au montant des sinistres survenus au cours dun exercice
déterminé, mais non encore réglés à la clôture de cet exercice ou de lun des
exercices suivants.
Ces provisions ne constituent pas une
épargne consciente et volontaire des assurés, mais une épargne institutionnelle des
entreprises dassurances.
Le volume des provisions pour risques
en cours, qui dépend pratiquement de la répartition des contrats dans le temps, est à
peu près proportionnel au volume des primes, quelle que soit la branche dassurance.
En revanche, les provisions pour sinistres restant à régler sont très différentes
dune branche à lautre ; elles sont faibles, en proportion des primes,
dans les branches où le règlement des sinistres est rapide et où elles ne concernent
pratiquement que les sinistres survenus en fin dannée ; elles représentent
au contraire une part importante, proportionnellement aux primes, dans les branches où le
règlement des sinistres exige un certain temps. Les assurances de responsabilité, et
singulièrement lassurance de responsabilité automobile, sont notamment dans ce
cas, car le règlement des dommages corporels ne peut intervenir tant que les blessures
des victimes ne sont pas consolidées.
Placements et investissements
Aux provisions techniques des
sociétés dassurances doivent correspondre des actifs qui en sont le placement.
Certains pays laissent une liberté totale aux entreprises dassurances dans le choix
de leurs placements ; cest le cas du Royaume-Uni, où les sociétés
dassurances doivent seulement fournir des certificats prouvant que, dans
lensemble, leurs placements ont au moins la valeur indiquée au bilan.
Dans la majorité des pays,
cependant, la réglementation oriente le choix des placements. À cet égard, la
réglementation française est lune des plus strictes.
En France, les actifs réglementés
doivent être constitués de valeurs mobilières, dimmeubles ou de prêts, de bons
et dépôts rigoureusement définis, dont les proportions sont fixées par décret. La
répartition des placements des sociétés dassurances du marché français était
la suivante, au 31 décembre 1988 (valeur au bilan) :
-
obligations 56,6 p. 100
-
actions 19,5 p. 100
-
immeubles 13,4 p. 100
-
prêts hypothécaires
2,5 p. 100
-
autres placements 8,0 p. 100.
Les placements nouveaux effectués en
1988 ont représenté 159,7 milliards de francs, ce qui a permis de financer 14 p.
100 de linvestissement national.
À la fin de cette même année,
lencours total des placements des sociétés dassurances sélevait à
876,9 milliards de francs, dont 295,1 milliards pour lassurance dommage et 581,8
milliards pour lassurance-vie (soit 22 p. 100 de la capitalisation
boursière pour les obligations et 10 p. 100 pour les actions).
Dans tous les pays, les placements
des sociétés dassurances, quelles que soient leurs formes les plus fréquentes,
financent en dernière analyse des investissements utiles à la collectivité :
travaux dintérêt public, logement, accroissement du potentiel industriel.
7. Lassurance et le marché unique
européen
LEurope de lassurance
Avec un montant de primes de 255
milliards de dollars en 1987, la C.E.E. représentait 24,2 p. 100 de
lencaissement mondial de lassurance (22 p. 100 en vie et 26,4
p. 100 en dommages). Elle constituait ainsi le deuxième marché mondial après les
États-Unis (38 p. 100) mais avant le Japon (22,5 p. 100).
Près de quatre mille compagnies y
exercent leur activité dont les plus importantes sont données dans le tableau 3.
Lassurance européenne est par tradition largement ouverte vers le marché
international, mais elle est aussi abondamment réglementée dans chacun des pays.
Les droits nationaux sont en outre
encore très différents selon les États, notamment en matière de responsabilité
civile.
Ce contexte explique la lenteur de la
mise en place du marché commun de lassurance (près de trois décennies). Il
explique également que les profondes mutations quil a entraînées tardent à
sachever.
La liberté détablissement et les conditions
dagrément
Le traité de Rome de 1958 prévoyait
explicitement deux préalables pour la mise en uvre du marché commun de
lassurance : la liberté détablissement et la liberté de prestations
de services (L.P.S.).
La liberté
détablissement consiste en lobligation pour un État membre de traiter
les sociétés dautres États membres qui veulent sétablir sur son territoire
de la même manière que les sociétés nationales. Cela revient donc à supprimer tout
agrément spécial à leur encontre.
Cette liberté a été appliquée
dès 1968 à la réassurance (directive de 1964). Deux directives adoptées en 1973 pour
lassurance dommages et en 1979 pour lassurance-vie ont posé le principe de la
liberté détablissement dans ces branches. Elles ont été transposées dans la loi
française respectivement en 1974 et en 1984.
En juillet 1989, un accord
particulier a été signé entre la C.E.E. et la Confédération helvétique pour étendre
la liberté détablissement à ce pays en matière dassurance dommages.
Le corollaire de la liberté
détablissement est lharmonisation des conditions dagrément et des
règles de solvabilité. Celles-ci ont également été définies dans les directives de
1973 et 1979. En matière dagrément, les principes qui ont été retenus sont
lagrément par catégorie et celui de la spécialisation, cest-à-dire la
séparation des activités vie et dommages dans des sociétés distinctes. Cette solution
nétait pas évidente à lorigine et a fait lobjet de longues
négociations, car la Grande-Bretagne ignorait cette séparation et lAllemagne
allait beaucoup plus loin, notamment en matière dassurance maladie et de protection
juridique.
En matière de solvabilité, les
directives communautaires obligent les sociétés de la C.E.E. à disposer de fonds
propres suffisants dont le niveau (marge de solvabilité) est exprimé en pourcentage des
primes ou de la charge des sinistres pour lassurance dommages et en pourcentage des
provisions mathématiques pour lassurance-vie.
La liberté de prestations de
services est la possibilité pour une entreprise dassurances dun État
membre de couvrir, à partir de son siège social ou dun établissement situé dans
un État membre, un risque situé sur le territoire dun autre État membre. Pour un
assuré, elle permet de faire appel à des assureurs établis dans dautres États
membres que celui dans lequel se situe son risque.
Elle a été appliquée en 1968 à la
réassurance, en même temps que la liberté détablissement, puis en 1978 à la
coassurance des grands risques.
Depuis juillet 1990, elle concerne
également lassurance directe, à lexception de lassurance-vie et
capitalisation, de lassurance R.C. auto et de la construction.
Pour les grands risques,
cest-à-dire ceux qui se rapportent aux catégories transport, crédit, caution ou
qui concernent les entreprises de plus de cinq cents personnes dont le chiffre
daffaires est supérieur à 24 millions décus, lexercice en L.P.S.
nimplique aucun agrément de lassureur dans le pays du risque. La seule
obligation qui lui est faite est dinformer lÉtat concerné quil
pratique ce type dassurance.
En revanche, pour les risques de
masse (ceux des particuliers), un agrément reste requis. De plus, pour ces derniers, une
entreprise ne peut exercer en L.P.S. si elle dispose dun établissement dans le pays
du risque.
Le droit applicable au contrat
souscrit en L.P.S. est de principe celui du pays du risque, mais des exceptions sont
prévues dans les textes.
Le Marché unique de 1993
Une accélération des
transformations aura été induite par linstauration du Marché unique européen le
1er janvier 1993.
Plusieurs domaines sont concernés,
en priorité :
-
linstauration de la L.P.S. en assurance auto et
en assurance-vie, amorcée dès 1990, il est vrai, pour cette dernière, par la
libération des mouvements de capitaux
-
lharmonisation des conditions de contrôle par
les États ;
-
la définition de règles communes pour le calcul des
provisions techniques et plus généralement la comptabilité des sociétés
dassurances.
-
lharmonisation de la fiscalité et la réduction
des divergences en matière de droit.
Au-delà du cadre réglementaire, la
réalisation de nouveaux progrès est liée à la volonté de la profession de faire
avancer lEurope.
Cette volonté réelle se manifestant
de jour en jour à travers la multiplication daccords et de participations croisées
entre sociétés de pays différents constitue ainsi un gage de réussite pour
lavenir.