
Bien que le terme générique de Bourse puisse
désigner tout marché public organisé où se négocient toutes sortes de produits ou de
services il existe des Bourses du commerce, des marchandises ou du travail ,
lexpression a pris peu à peu la signification de marché des capitaux et, plus
précisément, de marché des titres ou valeurs mobilières.
Lorigine historique de linstitution est ancienne et imprécise.
Lexistence dun marché ne dépend que de deux préalables : le respect de la
propriété privée et la liberté du commerce.
Partout où ces conditions ont été remplies dans le
passé, il sest créé des formes de marché où se retrouvent certaines
caractéristiques de ce qui est devenu une Bourse. Un des exemples les plus cités est
celui du Collegium Mercatorum de Rome. À linverse, il aura fallu
leffondrement des régimes marxistes pour voir apparaître, dès 1990, en Europe de
lEst et même jusquen Chine les premières ébauches dune Bourse.
Le terme même de Bourse dérive du nom de la famille
Van der Bürse dont lhôtel, situé à Bruges, a servi au XVe siècle de lieu de
rencontre aux commerçants locaux et est devenu le symbole dun marché de capitaux
et dune Bourse de marchandises. Depuis cette date, lhistoire des Bourses
reflète celle du capitalisme financier puis industriel. Tour à tour, les grandes cités
marchandes de la Renaissance et des Temps modernes ont créé leur propre institution
boursière dont la prospérité a accompagné lessor, la prépondérance et parfois
le déclin de leur expansion commerciale. Ainsi dAnvers, Amsterdam et Londres.
Cest à Anvers qua été publié pour la première fois, en 1592,
léquivalent dune cote, ou liste des cours pratiqués pendant une séance
dactivité.
Le prodigieux essor qui a suivi la révolution
industrielle a fait la fortune de la Bourse de Londres, le London Stock Exchange,
supplantée après la Première Guerre mondiale par celle de New York (Wall Street).
Durement secoué par le krach de 1929, Wall Street a retrouvé son rôle prépondérant au
lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Le Japon sest, à son tour, largement
inspiré du modèle économique américain, au point que la Bourse de Tokyo, le Kabuto
Cho, est devenu la première du monde en termes de capitalisation (total du produit de
chaque cours de Bourse par le nombre dactions composant le capital). Les pays «
libéraux » du Sud-Est asiatique se sont engagés dans la même voie, notamment Hong
Kong, Singapour et la Corée du Sud.
La Bourse de Paris na pas bénéficié
dun environnement aussi favorable. Léconomie française a tardé dans son
industrialisation. Les rémanences du colbertisme ont entravé lessor de son marché
financier, trop longtemps consacré à la souscription demprunts dÉtat (y
compris les fonds russes) dont linflation a ruiné les porteurs. La Bourse na
connu une véritable renaissance quà partir de 1983 à la faveur dune
politique économique plus ouverte à la notion de marché, et grâce au développement de
lépargne collective (S.I.C.A.V. et fonds communs de placement).
Rôle et organisation de la Bourse
La Bourse est le marché secondaire des valeurs
mobilières. Cette définition la distingue du marché primaire, réservé à
lémission initiale des titres. Les négociations boursières concernent des valeurs
qui sont déjà en circulation dans le public. On pourrait parler de marché
doccasion si lexpression navait une connotation péjorative qui
nest pas de mise puisque les titres ne sont pas dégradés par le temps.
Lexistence dun marché organisé offre
ainsi une liquidité bien supérieure à celle de transactions de gré à gré où chaque
intéressé devrait rechercher lui-même sa contrepartie sans être assuré de la trouver.
Elle permet détablir un prix par confrontation des offres et des demandes
concurrentes. Elle permet également le financement des sociétés cotées lorsque
celles-ci procèdent à une augmentation de capital en espèces. Cest le seul cas
où la Bourse contribue directement au financement des émetteurs, mais il est précieux
pour des entreprises auxquelles leur autofinancement ne suffit pas (cest le cas en
France plus quaux États-Unis, où les marges bénéficiaires sont plus élevées).
La Bourse est enfin un cadre bien adapté à la restructuration des entreprises, par
cession de blocs de contrôle, fusion, offre publique dachat ou déchange
(O.P.A. et O.P.E.) et aux surenchères quelles entraînent souvent.
Lorganisation dun tel marché ne requiert
en principe que laccord dun certain nombre de professionnels. Toutefois,
étant donné lincidence des transactions boursières sur lépargne, sur les
taux dintérêt, sur lévaluation des entreprises et, plus généralement, sur
lopinion que se fait le public quant à létat et aux perspectives de
léconomie, les pouvoirs publics ne peuvent sen désintéresser. Même dans un
pays aussi libéral que les États-Unis, la fonction de négociateur en Bourse est
réservée à une profession spécialisée, celle des brokers, soumis au contrôle strict
dune agence fédérale, la Securities and Exchange Commission (S.E.C.).
En France, pays moins capitaliste et plus dirigiste,
ces négociations étaient réservées, jusquà une date toute récente, à une
catégorie de commerçants en valeurs mobilières, dotés du statut dofficier
ministériel : les agents de change. Ils bénéficiaient dun monopole auquel seuls
échappaient les transactions entre personnes physiques et quelques cas particuliers. Ce
monopole a pris fin en 1990 pour les obligations, et ses jours sont comptés pour les
actions.
Les agents de change ont fait place, à partir de 1986, à des sociétés de Bourse dont
le capital social a été ouvert aux banques et aux sociétés dassurances,
françaises ou étrangères. Il en existe quarante-trois à Paris, et il en survit
quelques-unes sur les six places de province (Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Nancy,
Nantes). Les sociétés de Bourse indépendantes des groupes financiers sont en voie de
disparition, car les besoins en capitaux nécessaires à la fonction
dintermédiation boursière ont beaucoup augmenté, pour des raisons qui
apparaîtront plus loin.
Lorganisation et la régulation de la Bourse
sont confiées au Conseil des Bourses de valeurs (C.B.V.), organisme professionnel doté
dun commissaire du gouvernement. Il établit le règlement général du marché,
soumis à homologation ministérielle. Lui incombent en outre les décisions
dinscription ou de radiation des valeurs à la cote, lapprobation ou le rejet
des O.P.A., etc. Il a un pouvoir de sanction. Dans la pratique, lenregistrement et
la publicité des transactions sont assurés par une institution financière
spécialisée, constituée par les sociétés de Bourse et dénommée Société des
Bourses françaises (S.B.F.). Elle dispose dun corps de contrôle.
Lensemble de ce dispositif et la totalité des intervenants en Bourse sont placés
sous le contrôle de la Commission des opérations de Bourse (C.O.B.), autorité
administrative composée par moitié de magistrats et de professionnels, et dont le
président est désigné par décret en Conseil des ministres. Inspirée de la S.E.C., la
C.O.B. veille à la sincérité et à la qualité de linformation diffusée par les
entreprises cotées, ainsi quau respect des principes de bon fonctionnement du
marché (transparence, équité). Elle a le pouvoir dhomologation des organismes de
placement collectifs en valeurs mobilières (S.I.C.A.V. et fonds communs de placement).
Elle dispose de pouvoirs denquête étendus, peut saisir la justice des infractions
constatées et même prendre certaines sanctions de son propre chef, mais, à la
différence de la S.E.C., ne peut conclure une poursuite par un compromis.
La Bourse de Paris qui, depuis ses débuts sur le
Pont-au-Change au Moyen Âge, a connu de multiples implantations, y compris un passage par
la célèbre rue Quincampoix lors du système de Law, est logée depuis 1808 dans le
palais construit par larchitecte Brongniart. La vie quotidienne y a perdu beaucoup
de son pittoresque avec le développement des télécommunications et des méthodes
modernes de cotation. Elle concentre la quasi-totalité des transactions opérées en
France, les marchés de province nayant plus quun rôle marginal. Il est
vraisemblable dailleurs que le proche avenir verra sinstaurer, par-delà les
frontières, des réseaux entièrement informatisés et délocalisés qui concurrenceront
les Bourses traditionnelles et compliqueront la tâche des régulateurs.
Les valeurs mobilières
Aucune législation ne définit avec précision les
valeurs mobilières. Seuls lusage et la décision des pouvoirs publics permettent
den délimiter les catégories. Lévolution récente a progressivement effacé
la distinction entre marché financier (celui-là même des valeurs mobilières) et
marché monétaire (celui des créances à court terme qui ne sont pas des valeurs
mobilières). Elle ne soulève cependant aucune difficulté dans la pratique, malgré un
certain arbitraire.
Ainsi, une obligation qui na plus que quelques
jours à vivre avant son remboursement final demeure une valeur mobilière, alors
quun bon du Trésor à cinq ans nen est pas une.
Il était commode et légitime, jusquà une date récente, de distinguer parmi les
valeurs mobilières les valeurs à revenu fixe (obligations, rentes sur lÉtat) et
les valeurs à revenu variable (actions). Cette dichotomie a perdu toute signification,
tant se sont multipliées les formes intermédiaires ou mixtes : obligations à taux
variable ou révisable, obligations convertibles ou échangeables contre actions, actions
à dividende garanti, titres participatifs, titres assortis dun bon déchange
contre des titres dune autre nature, etc.
Il est donc plus utile de se référer à la
distinction entre les titres représentatifs dun droit de propriété
(essentiellement les actions, fractions égales du capital social dune entreprise,
assorties dun droit de vote, donnant droit à un dividende annuel et à une
quote-part du surplus dactif en cas de liquidation), les titres représentatifs
dun droit de créance (essentiellement les obligations, fractions égales dun
emprunt à long terme, donnant droit au paiement régulier dun intérêt, et
remboursables à une échéance convenue) et les titres mixtes (qui combinent les
particularités des deux catégories précédentes).
Il convient toutefois dajouter quun titre
peut, avec le temps, changer de catégorie. Ainsi, une obligation échangeable contre
actions est un droit de créance qui se transforme en droit de propriété lors de
léchange. Un titre peut aussi être assorti dun bon ouvrant droit à une
autre nature de titre donnant lieu à une double cotation. Ainsi, une obligation assortie
dun bon de souscription à une action est scindée en deux titres cotés sous deux
rubriques différentes. De même, lors dune augmentation de capital, le droit de
souscription ou dattribution est coté séparément de laction.
Toutes les Bourses ne réservent pas le même accueil à toutes les catégories de valeurs
mobilières. En France, les obligations sont comme les actions, inscrites à la cote
officielle, à la demande de lémetteur. Aux États-Unis, au contraire, les
obligations ne sont pas introduites en Bourse. Elles font lobjet dun commerce
de gré à gré exercé par des marchands de titres spécialistes (voir infra ).
Lintroduction dune valeur en Bourse est
accordée par lautorité de marché (New York Stock Exchange ou N.Y.S.E. à New
York, C.B.V. à Paris) sur demande de la société émettrice, et après un examen de fond
et dopportunité : durée minimale dexistence de lentreprise, situation
financière, marges bénéficiaires, capacité à distribuer des dividendes, honorabilité
des dirigeants. La société émettrice doit prendre des engagements précis quant à la
fréquence et à lobjectivité de linformation quelle donne sur sa
situation et que la C.O.B. contrôle étroitement.
Aux États-Unis, la société doit en outre déjà
posséder un nombre suffisant dactionnaires (plusieurs milliers). En France, au
contraire, lintroduction constitue le plus souvent la première étape dune
diffusion des actions dans le public. Aussi est-il exigé delle quelle mette
au moins 25 p. 100 de son capital à la disposition du marché. Étant donné la
publicité qui entoure chaque introduction, il est fréquent que la demande de titres
lemporte largement sur loffre, ce qui entraîne la cotation de cours très
supérieurs au prix de la première offre et une forte réduction du nombre de titres
servis (parfois moins de 1 p. 100 de la demande).
Parmi les sociétés candidates à
lintroduction, seules les plus importantes sont admises au marché principal
(N.Y.S.E. à New York, marché officiel à Paris). Les sociétés de moindre envergure
sont éventuellement inscrites à un marché parallèle (American Stock Exchange à New
York, second marché à Paris), où les conditions daccès sont moins rigoureuses.
Le second marché, par exemple, ne requiert quune mise à disposition de 10 p. 100
du capital. Les valeurs étrangères peuvent être admises à la cote tout comme les
valeurs nationales.
Différents types de marchés : comptant et terme
La fonction essentielle dune Bourse est de
confronter des offres et des demandes de titres émanant de clients qui ne se connaissent
pas et de dégager un prix qui permette dassurer le maximum de transactions. Deux
méthodes principales peuvent être utilisées ; elles caractérisent deux types
différents de marché : le marché « gouverné par les ordres » et le marché «
gouverné par les courtiers ».
Dans le premier cas, le rôle des professionnels se borne à confronter tous les ordres
reçus pour chaque valeur et à constater le prix qui résulte de ce rapprochement. Le
professionnel reste donc neutre ; il est rémunéré par un courtage.
Dans le second cas, certains professionnels prennent
la position de marchands de titres sur telle ou telle valeur. Ils en détiennent un stock
et publient en permanence une fourchette des cours auxquels ils sont tenus de se porter
acheteur ou vendeur, pour des quantités déterminées à lavance. Ils sont
rémunérés par lécart entre les deux cours, mais prennent le risque de gain ou de
perte sur leur stock.
À la différence de New York, marché de courtiers,
Paris était traditionnellement gouverné par les ordres. Ce principe na pas été
officiellement abrogé, mais la pratique sen est progressivement écartée. Le
marché des obligations se rapproche de plus en plus des usages américains. Quant au
marché des actions, il évolue dans le même sens, par lusage de la contrepartie
(intervention spontanée du courtier en fonction des fluctuations des cours). Doù
des risques accrus pour les intermédiaires.
Alors quun agent de change opérait sans stock
et ne courait quun risque de non-paiement par sa contrepartie, une société de
Bourse finance un stock important et en assume les fluctuations.
Lacheteur dun titre peut souhaiter le
faire entrer immédiatement dans son patrimoine. Il peut aussi navoir en vue que de
spéculer sur la hausse éventuelle de ce titre sans en prendre livraison. À ces deux
préoccupations correspondent deux types de marché : le marché au comptant et le marché
à terme.
Aux États-Unis, il nexiste quun marché au comptant (plus exactement, la
livraison et le paiement du titre interviennent cinq jours après la transaction).
Lacheteur qui nentend pas payer aussitôt les titres emprunte à son broker
les capitaux nécessaires pour désintéresser le vendeur. Il faut bien, en effet, que
celui-ci soit payé, même si son acheteur (quil ne connaît pas) na pas
lintention ou les moyens de le faire immédiatement.
À Paris, les transactions à terme (livraison et
paiement) se débouclent en fin de mois, à la date de « liquidation ». Lacheteur
qui ne souhaite pas payer a la faculté de « faire reporter » son opération de mois en
mois. Il doit alors emprunter sur le marché de quoi régler son achat, moyennant le
paiement dun intérêt dit « de report ». Il doit également constituer auprès de
la société de Bourse intermédiaire un dépôt, en espèces ou en titres, égal à un
certain pourcentage de la transaction et destiné à en garantir la bonne fin. De même
est-il possible de vendre « à découvert » des titres quon ne possède pas, dans
lespoir de les racheter plus tard moins cher. Cest alors les titres que le
vendeur emprunte sur le marché, moyennant intérêt et dépôt de garantie, pour les
livrer à lacheteur. Lorsquil les rachetera plus tard, cest donc au
prêteur quil les restituera. Comme vendeur, acheteur et prêteur signorent,
ces opérations passent par lintermédiaire de la S.B.F., agissant comme « chambre
de compensation ».
Toutes les valeurs ne sont pas admises au marché à
terme, mais seulement celles dont le marché est assez étoffé ; leur liste est arrêtée
par les autorités boursières. On dit quelles donnent lieu à « règlement mensuel
». Elles se traitent par quotités fixes. Leur cours sapplique également aux
opérations conclues au comptant sur les mêmes valeurs, moyennant paiement dune
indemnité « différentielle » pour règlement immédiat.
Si le marché à terme favorise la spéculation, il
est incontestable quil améliore la liquidité des échanges. Il serait bien
extraordinaire en effet que le volume des achats et des ventes au comptant constaté
chaque jour fût exactement équilibré. La spéculation y introduit un facteur de
souplesse. La vente à découvert, en particulier, assure la contrepartie dun
excédent de demandes, mais elle nest pas sans risques lorsque lévolution des
cours ne répond pas à lattente du vendeur.
Les ordres de Bourse peuvent être libellés « au
mieux » ou, au contraire, à cours limité. Cette dernière formule devrait se
généraliser en raison des méthodes de cotation exposées ci-après.
Pendant la quasi-totalité de leur existence historique, les marchés boursiers ont
fonctionné sous la forme de séances de cotation (fixing) où tous les ordres collectés
devaient faire lobjet dune confrontation générale, laquelle aboutissait à
la constatation dun « premier cours », suivi de nouveaux cours en fonction de
larrivée successive de nouveaux ordres.
Les progrès des télécommunications, les ressources
de linformatique et linternationalisation des marchés ont mis à mal la
technique du fixing. Désormais, la quasi-totalité des marchés et notamment ceux
de New York, Londres et Paris fonctionnent « en continu ». Les ordres y sont
traités, tout au long de la journée, au fur et à mesure de leur arrivée, selon des
procédures informatiques corrigées par lintervention des contrepartistes
spécialistes. Le volume des transactions y a gagné. Cela est moins évident pour la
signification des cours, qui résultent déchanges fractionnels échelonnés et non
plus dune confrontation générale. Une clientèle peu avertie comprend mal les
fluctuations alternatives et rapides des cours, sans justification économique évidente,
et à partir dordres qui portent sur des fractions marginales du capital.
Les marchés conditionnels
Les risques attachés à toute opération de Bourse
ont conduit à imaginer des systèmes permettant de les limiter. On peut citer les
opérations à prime et les options.
Dans les opérations à prime, lacheteur se réserve le droit de ne pas donner suite
à la transaction moyennant le paiement dun dédit (la prime). Il peut en exister
toute une gamme, par montants et par échéances, et le prix payé pour la valeur support
est dautant plus élevé que la prime est moins chère ou léchéance plus
éloignée.
Sur le marché à options, lacheteur acquiert non plus la valeur elle-même, mais le
droit de lacheter ou, sil sagit dune option de vente, le droit de
la vendre à léchéance prévue et à un prix dexercice convenu, moyennant le
paiement à lavance dun « premium » ou « avec ». Si lévolution des
cours du « ferme » nest pas conforme à ses vux, il renonce à
lexercer et abandonne le premium.
Il existe des options « à leuropéenne », où l« avec » est payé une
fois pour toutes. Pour les options « à laméricaine », qui sont en voie de
supplanter les précédentes, le premium constitue une sorte de valeur mobilière,
elle-même cotée, et dont les cours sont ainsi influencés par ceux du « ferme ».
Lacheteur peut donc le revendre à sa guise sans attendre léchéance ; ce qui
explique le succès de la formule. Une chambre de compensation, le Monep (marché des
options négociables de Paris) sinterpose entre les opérateurs.
Les options concernant une valeur déterminée constituent une « classe ». Une classe
comprend des options dachat et de vente, à plusieurs échéances et à plusieurs
prix dexercice voisins ou différents, en plus ou en moins, du cours immédiat de la
valeur. Le premium varie évidemment en fonction des échéances et des prix
dexercice. Une option longue est plus chère quune option courte. Une option
dachat à un prix dexercice bas est plus chère quà un prix
dexercice plus élevé, etc. En outre, le premium reflète chaque jour
lévolution du cours de la valeur support. Enfin, il perd régulièrement de sa «
valeur temps » à mesure que se rapproche son échéance finale.
Lusage des options a été conçu pour limiter les risques de linvestissement
direct. Il permet également des stratégies darbitrage : options contre ferme,
options dachat contre options de vente, échéance contre échéance. Mais il ouvre
aussi une voie à la spéculation, en raison du facteur de levier qui sy attache. Le
premium na quune valeur marginale par rapport à celle du titre support, et
ses fluctuations sont beaucoup marquées. Un portefeuille uniquement composé
doptions peut perdre toute valeur en cas dévolution défavorable des cours
des valeurs supports. Le bon usage des options requiert donc une grande maîtrise
technique et nest guère concevable sans une assistance informatique.
Les marchés dérivés
Inspirés des marchés à terme de marchandises, des marchés de produits financiers
synthétiques, tels que les taux dintérêt, les parités de change ou les indices
boursiers eux-mêmes sont apparus vers les années 1975. Ils ont connu aux États-Unis un
succès considérable dont sest inspirée la création à Paris, en 1985, du Matif
(marché à terme des instruments financiers). Sans entrer dans trop de détails, on
prendra pour exemple le contrat demprunt dit « notionnel », qui est le plus
traité sur le Matif. Le support en est un emprunt dÉtat, purement théorique,
supposé émis au taux de 10 p. 100 et à échéance de dix ans.
Sa valeur varie en fonction de lévolution des taux dintérêt effectivement
constatés sur les emprunts en circulation. En vendant un contrat sur lemprunt
notionnel à une échéance donnée, le détenteur dun portefeuille
dobligations réelles peut donc se couvrir contre une hausse des taux : il gagnera
sur le contrat, en le rachetant plus tard moins cher, ce quil aura perdu sur son
portefeuille (sous réserve dune bonne corrélation entre contrat vendu et
portefeuille détenu). Sil ne rachète pas son contrat, il lui faudra livrer des
obligations réelles, moyennant lapplication dun facteur de conversion, qui
tient compte des caractéristiques respectives de lemprunt notionnel et de
lemprunt réel livré à sa place.
Mais, tout comme les marchés doptions, celui des « futures » se prête aussi bien
à larbitrage ou à la spéculation quà la couverture de risques, et ses
effets de levier sont particulièrement marqués, les marges de couverture exigées étant
faibles (4 ou 5 p. 100 pour le contrat notionnel). Une chambre de compensation
sinterpose entre vendeurs et acheteurs, qui ne se connaissent pas, et garantit la
bonne fin des transactions, mais évidemment pas les pertes.
Bien que le Matif soit une institution distincte de la Bourse des valeurs, leur
interaction est importante, notamment pour deux raisons : dune part,
larbitrage du contrat notionnel contre les obligations réellement en circulation
anime le marché de celles-ci, cotées en Bourse ; dautre part, le Matif traite
également un contrat à terme sur lindice boursier (le C.A.C. 40, composé des
quarante principales valeurs de la cote) calculé et publié par la S.B.F. Là encore, des
arbitrages sexercent entre les deux marchés.
Ajoutons que ces contrats sont eux-mêmes complétés par des options. On voit donc à
quel point les techniques boursières se sont diversifiées et raffinées. Il est apparu
autant de risques nouveaux que de nouveaux moyens de couvrir les anciens. Les fausses
manuvres de certains opérateurs sur le Matif ont entraîné des pertes qui ont
défrayé la chronique.
Fluctuations des cours de Bourse
Lamplitude et lincohérence apparente des fluctuations boursières sont un
constant sujet détonnement. Comment expliquer, par exemple, quentre janvier
1983 et mars 1987 lindice général des actions françaises ait monté de 360 p. 100
pour baisser de 45 p. 100 dans les dix mois suivants et reprendre 120 p. 100 entre janvier
1988 et avril 1990, avec des écarts encore plus marqués pour les valeurs individuelles ?
Ce simple rappel historique permet décarter lidée selon laquelle le cours
reflète en permanence la valeur « réelle » dune entreprise. Toute valeur est
fonction dune opinion, ou plus précisément dune confrontation
dopinions ; elle nest pas une réalité mesurée à un étalon universel. Les
cours se forment à chaque instant, à partir de transactions qui ne portent que sur une
fraction marginale du capital de lentreprise. Rien à voir avec une hypothétique
valeur réelle, ni même avec une valeur vénale globale.
Lachat dune valeur en Bourse sinspire dun espoir de rentabilité,
cest-à-dire dun revenu et, si possible, dune plus-value lors de la
revente. Le revenu est connu davance pour les obligations à taux fixe, incertain
dans les autres cas. La plus-value est aléatoire. Un cours traduit un niveau
déquilibre entre la demande et loffre à un moment donné.
Un cours futur dépend donc dun équilibre éventuel dans un avenir indéterminé.
Tous les facteurs qui peuvent influer sur loffre ou la demande sont de nature à
modifier cet équilibre, et ces facteurs sont nombreux. Sans viser à
lexhaustivité, on peut distinguer entre ceux qui concernent lensemble du
marché et ceux qui sont propres à une valeur déterminée.
Parmi les facteurs à incidence générale, le plus manifeste est lévolution des
taux dintérêt. Cela est évident pour les obligations à taux fixe, dont la valeur
instantanée nest que lactualisation des revenus futurs et du prix de
remboursement terminal. Toute hausse ultérieure des taux entraîne donc la baisse de
leurs cours, et inversement. Mais cela est également vrai pour les actions, dont les
cours sont aussi une actualisation dun avenir escompté.
Lévolution générale du marché dépend en outre de labondance relative de
lépargne et de la concurrence entre les différentes formes dutilisation
mises à sa disposition. Ainsi en France, dans la longue période de prospérité qui va
de 1945 à 1975, linvestissement en Bourse a fortement souffert de la préférence
marquée des épargnants pour le placement immobilier et pour les quasi-liquidités
détenues sous forme anonyme.
La liquidité du marché boursier peut elle-même être mise à lépreuve par un
excès daugmentations de capital en espèces qui tend à diluer la demande sur un
plus grand nombre de titres. Mais cet effet nest pas mécanique. La psychologie
boursière peut le neutraliser, voire linverser.
Bien entendu, la Bourse suit avec attention la conjoncture économique, qui commande les
résultats bénéficiaires des entreprises, et sefforce den anticiper les
fluctuations. Celles quelle na pas su prévoir linfluencent
dautant plus quelles la prennent à contre-pied. Ce fut le cas des chocs
pétroliers de 1973 et de 1979. De même ne peut-elle se désintéresser de la fiscalité,
puisque celle-ci est de nature à modifier la part nette de lépargnant dans les
bénéfices réalisés, les dividendes ou les revenus distribués.
La bonne tenue de la monnaie nationale est le plus souvent un facteur de soutien des
cours. Toutefois, linflation joue un rôle ambigu. Elle valorise les actifs réels
des entreprises, mais fait planer le risque dun changement de politique économique
visant à resserrer la liquidité de léconomie. Elle peut inciter à rechercher une
protection dans les valeurs libellées en devises plus fortes, ou dans les métaux
précieux.
Enfin mais la liste pourrait sallonger , la politique, au sens large,
est un sujet de préoccupation permanente : politique extérieure (la mutation de
lEurope de lEst ou la crise du Golfe en 1990, par exemple) ; politique
intérieure (les élections françaises de 1981, les nationalisations, puis les
privatisations, entre autres). Rien de plus normal, puisque la politique définit en
droit, et influence en fait, le rôle du capital dans les rapports entre agents
économiques.
À ces considérations générales sajoutent les facteurs particuliers à chaque
entreprise. La vigueur de la concurrence, les progrès de la technologie remettent
constamment en cause les prévisions bénéficiaires des entreprises et donc les
conclusions boursières quon en peut tirer. Tout écart entre la réalité et la
prévision se traduit le plus souvent par une modification importante du ratio
cours/bénéfice par action (ou price-earnings ratio , P.E.R.), instrument classique de
lévaluation et de la comparaison des cours de Bourse.
Ce survol plus que rapide des facteurs de perturbation fait justice de toute prétention
à une prévision rationnelle des cours. Dans sa définition rigoureuse, un cours
instantané C est lévaluation de la chaîne des dividendes d à venir pendant les n
années de lexistence dune action, majorée de sa valeur résiduaire Rn en fin
de vie, le tout actualisé au taux dintérêt t du moment.
Malheureusement, et malgré les progrès de linformation et de lanalyse
financière, le seul paramètre connu est le taux dintérêt immédiat t . Nul ne
sait ce que seront les bénéfices et les dividendes dans quelques années, et la notion
de valeur résiduaire est pure abstraction. Seul lavenir lointain dira si le cours C
était ou non fondé.
Laissant à lavenir son mystère, les doctrines modernes de gestion de portefeuille
abordent sous un angle différent le problème de la formation des cours. Elles posent en
principe lefficience des marchés, cest-à-dire le fait que celui-ci dispose
à tout moment de la totalité de linformation dont il a besoin pour former son
jugement sur la valeur dun titre, et en tirer les conséquences rationnelles
dinvestissement. En dautres termes, et sauf cas de fraude, il ny a pas
dinitiés disposant dinformations privilégiées. Un cours se forme donc de
façon purement aléatoire par confrontation dopinions divergentes mais également
informées. Cette conception stochastique ouvre la voie à une analyse statistique des
mouvements boursiers (principe dit de la « marche au hasard » des cours) qui aboutit à
définir lévolution de chaque valeur par la combinaison de deux coefficients :
lun, a, caractérise la tendance générale du marché, lautre, b, eéfinit la
volatilité propre dun titre, cest-à-dire lamplitude de ses
fluctuations autour de la courbe de tendance à long terme.
Sa valeur explicative nest pas niable, mais bien sa valeur prédictive, qui repose
sur le postulat que lavenir repétera le passé. Elle a cependant inspiré des
techniques spécifiques de gestion : gestion sur indices boursiers, où
linvestisseur, au lieu dopérer sur des valeurs individuelles, achète ou vend
un « panier de valeurs », jugé représentatif du marché ; program trading , qui repose
sur larbitrage systématique entre valeur et contrat dindice ; portfolio
insurance , dont la technique consiste à combiner, dans un même portefeuille, des
valeurs boursières risquées et des titres de créance sans risques, dans des proportions
qui varient selon lévolution de la Bourse. Technique paradoxale a priori,
puisquelle vise à accroître lexposition au risque à mesure que les cours
montent, et inversement, mais qui repose sur lidée que le marché « en sait plus
» que les opérateurs.
Ces nouvelles méthodes ont gagné beaucoup dadeptes. On a cru pouvoir, mais sans en
faire la démonstration, leur imputer la responsabilité de crises boursières récentes
(octobre 1987). Elles ne sont pas pour autant dune efficacité durablement garantie.
Cette efficacité est en effet dépendante de la liquidité du marché. Un arbitrage
théoriquement judicieux peut savérer irréalisable, faute de pouvoir trouver une
contrepartie effective au prix souhaité, et parfois même à nimporte quel prix.
Il y a donc tout lieu de penser que les marchés boursiers resteront longtemps encore
dominés par la psychologie qui leur est propre. Psychologie de foule, aussi prompte à
engendrer leuphorie que le désarroi, trop influencée par des considérations à
court terme au détriment de la réflexion sur les perspectives raisonnables dun
avenir plus éloigné.
Ses volte-face, aggravées par le manque de liquidité propre du marché dans les
situations extrêmes, continueront de provoquer alternativement excès doptimisme et
mouvements de panique. Dans la seule journée du 19 octobre 1987, Wall Street a connu une
baisse moyenne de 22,6 p. 100 pour des raisons parfaitement décelables auparavant, mais
que ni les professionnels ni le public nétaient psychologiquement prêts à
reconnaître. Sans doute est-ce le prix de la liberté du marché. Des mesures
coercitives, en limitant cette liberté de rêver, natteindraient probablement pas
leur but de protection. Il est seulement à souhaiter que, avec lexpérience et une
réflexion plus approfondie sur la nature des risques, les utilisateurs apprennent le
meilleur usage dun instrument qui, parce quil tient du jeu et non pas
seulement de la rigueur économique ou financière, est à la fois séduisant et
dangereux.
|